Les Suissitudes de JCS : Quand un poster vous envoyait en prison



Le Sachsenring? Quel beau sujet de dissertation pour l’auteur des Suissitudes: le premier GP de Tom Lüthi, petites lunettes rondes embuées. La pole position, puis la victoire de Dominique Aegerter, qui allait coûter à son papa «Fere» sa moustache gauloise…

Mais voilà, plutôt que de revenir sur des faits récents, je vais vous embarquer dans un voyage plus lointain, parce que sur le tableau de bord de ma machine à remonter le temps, j’ai programmé 1998, date du retour des GP dans ce qui était devenu l’ex-Allemagne de l’Est.

Nous savions que dans cette région à l’Histoire bouleversée, la passion pour les choses mécaniques était immense. Nous savions, par les anciens, qu’il n’était pas rare, avant, lors du GP d’Allemagne de l’Est, de recenser plus de 300’000 spectateurs. Nous connaissions tous l’histoire de la victoire de Dieter Braun (1971), l’Allemand de l’Ouest – donc un ennemi pour le pouvoir alors en place – qui avait failli déclencher une guerre civile, les ordonnateurs du show ayant eu le réflexe de débrancher les principaux haut-parleurs à l’heure de l’hymne national. Enfin, celui de l’autre nation, de l’autre côté du Mur.

Nous savions aussi que des collections uniques d’anciennes photos avaient été bâties, que les autographes étaient recherchés, que des découpures de presse étaient conservées. Que l’Histoire de la course était tout simplement célébrée avec une ferveur que nous ne connaissions plus chez nous, en Occident. Je ne sais plus comment j’étais entré en contacts avec Frank Bischoff, l’un de ces collectionneur-photographe-journaliste-mécanicien, mais je sais que c’est déjà lui qui nous avait refilé «la» bonne adresse pour un hôtel à Brno et, bien sûr, l’excellente pour nous assurer un pied-à-terre confortable près du Sachsenring.

Le premier soir, il nous avait embarqués dans sa voiture pour nous faire faire le tour de l’ancien circuit, ses arbres et ses stèles, ses descentes et ses montées. On s’engouffrait dans sa voiture et il jouait les guides, heureux comme celui qui peut enfin partager sa passion avec d’autres. Sans Mur séparateur. Ce soir-là, Frank a dû couvrir une bonne demi-douzaine de fois le tracé mythique, parce que tout le monde voulait connaître, voulait savoir, voulait comprendre.

On n’arrêtait plus Frank, qui se mettait à raconter ses expériences. Comment, gamin, il essayait de se faufiler dans le paddock, aidant celui-ci ou celui-là à la mécanique, affirmant avec toute l’autorité de la jeunesse qu’il était mécanicien de X ou de Y.

Il était, déjà, plus que cela, comme il me le racontera plus tard. C’est «son» histoire aux côtés d’un pilote suisse: «Après le Dutch TT du 24 juin 1972, la course du Sachsenring eut lieu le 9 juillet. Je reçus un message, me demandant d’aider un pilote suisse débutant, Bruno Kneubühler. Avec mes copains, nous n’attendions que cela. Mais chez nous, il n’y avait encore aucune photo de Bruno, nous ne savions pas à quoi il pouvait ressembler. Le jeudi soir, nous mangions dans un restaurant près du circuit quand trois hommes et une femme s’installèrent à la table d’à-côté. Le hasard faisant bien les choses, c’était Bruno, sa petite amie Ronny et deux de ses copains. C’est là que notre amitié est née. Bruno avait apporté un grand nombre de posters, qu’il voulait vendre. Bien entendu, nous l’avons aidé et nous avons rapidement refilé le stock clandestinement à travers les grillages du paddock à des enthousiastes. Tout cela était strictement interdit à l’Est, seul l’Etat avait droit au commerce. De surcroit, il était encore plus interdit de vendre des publicités «capitalistes»; aux yeux des dirigeants communistes, c’était considéré comme un crime. Cela n’a pas tardé, deux «officiers de la sécurité» sont venus au point de vente et ont arrêté ma femme et une amie. Je ne sais plus vraiment ce qui est arrivé ensuite, mais Bruno avait ameuté le paddock et Phil Read, comme Giacomo Agostini, sont allés prévenir la Direction de course qu’ils ne prendraient pas le départ avant que les deux femmes ne soient libérées. Cela fit l’effet d’une bombe et l’ordre de les libérer fusa. C’était la dernière édition du GP d’Allemagne de l’Est, mais ma femme, notre amie et moi avons très mal dormi durant quelques nuits…»

Stay tuned !

Rejoignez-nous sur Facebook

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

Dans cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *