Le jour où Google a tout foutu en l’air !



Nicky Hayden n’est pas mort, pourtant, aujourd’hui (vendredi 19 mai), sur la toile, l’américain est passé de l’autre côté de la barrière des millions de fois !

Ecœurant, dégoûtant … il n’existe certainement pas un qualificatif assez fort pour définir l’éthique de ceux qui, prétendument journalistes, ont semblé bon d’annoncer son décès.

Si je ne peux que désapprouver ce comportement nauséabond et, en aucun cas, le soutenir, je peux toutefois essayer de le comprendre.

Autrefois, à l’ère du papier ou, tout du moins, avant l’avènement de Google en tant que rédacteur en chef de l’information, les journalistes écrivaient leur news, la transmettaient à leur rédaction, qui la relisait et ensuite, l’envoyait, ou pas, à l’impression pour une diffusion géographiquement limitée.

Plus tard, un premier mauvais tournant a été pris avec l’arrivée d’internet car une étape se perdait.

Publier sur internet nécessite un PC, une connexion et une interface de publication, ce que l’on nomme vulgairement « l’admin ».

Plus besoin d’envoyer son papier, plus d’étape de relecture, juste cliquer sur publier et c’est parti, le papier, ou plutôt la page codée, peut être diffusée mondialement.

Toutefois, lorsqu’internet n’en était qu’à ses premiers balbutiements, les choses restaient encore contrôlables. Le papier était encore en vogue et le côté novateur de cette nouvelle technologie attirait encore les sponsors, de sorte qu’il était encore possible de financer un site grâce à des sponsors individuels. Les deux médias coexistaient correctement.  

Et puis, petit à petit, internet a pris de l’ampleur et des surdoués se sont dits qu’ils pourraient tirer profit de cette croissance grâce à des idées financièrement géniales mais journalistiquement létales.

Ces surdoués ont créé des entreprises qui, aujourd’hui, s’appelle Facebook mais aussi et surtout Google.

Un jour, Google a compris que son objectif devait être de se rendre incontournable. Plus rapide, plus efficient, plus connu que tous ses concurrents, ce qui, au début, n’était qu’un moteur de recherche, s’est mis en tête de se faire un argent dingue sur le dos de l’information.  

Comment ? En confisquant purement et simplement les revenus de la publicité et en les redistribuant à sa manière… une manière sale, puante, honteuse … la double gifle !

La double gifle ? Cela mérite certainement une petite explication et pour m‘expliquer, je vais prendre un exemple que je connais bien… GP-Inside.

Sans Google ou à tout le moins, avant que Google ne devienne incontournable, nos commerciaux, forts d’une audience intéressante, pouvaient se présenter avec leur petite valise chez Michelin, BMW, Ducati, Honda, Lazer, Dunlop et j’en passe, en leur proposant une campagne de pub sur mesure, bien meilleure que celle que peut offrir Google aujourd’hui. Mais un jour, sur la route, les portes se sont doucement refermées.

Comment ? Sous l’effet d’un monstre appelé ‘ad-sense’, l’outil de gestion des publicités du célèbre moteur de recherche.

Profitant de la crise et de son monopole, Google a proposé à ces mêmes sociétés et pour moins d’argent, de toucher les lecteurs de GP-Inside, de Sport Bikes, de Paddock GP, de GPOne, de Crashnet, de MCN, de Superbike Planet, de Motori online… bref, de toucher une audience mondiale tout en dépensant moins d’argent.

Mais en privant de fonds les sites, ces derniers ont dû progressivement abandonner l’idée de payer correctement les journalistes professionnels pour engager des gens passionnés, des jeunes… prêts à tout pour approcher leurs idoles, le tout pour deux croûtes de pain (dans le meilleur des cas).

Mais chez Google, ils ne sont pas idiots, ils savent comment jouer sur plusieurs tableaux pour faire rentrer l’argent et ils savent que pour générer du clic, le mode d’établissement de la facture de l’annonceur, il fallait se résigner à lâcher une partie du gâteau.

Et effectivement, c’est bel et bien ce que fait chaque jour le géant américain puisqu’à chaque fois que vous cliquez sur un lien publicitaire que vous voyez à gauche, à droite, au-dessus, en dessous ou même dans vos articles, vous nous financez un peu (vraiment un petit peu). La seule solution est donc, pour tous les sites d’information de la terre qui ne vivent pas sur fonds propres, de générer beaucoup de clics et pour générer beaucoup de clics, il faut publier beaucoup. Mais attention, pas n’importe quoi.

En effet, publiez un super article technique, attendez une journée et puis allez voir vos statistiques sur … Google analytics, l’outil de mesure des audiences du bien nommé et apprêtez-vous à pleurer.

Vous avez planché un jour, deux jours, ou, pour Marc Seriau de Paddock GP peut-être même une semaine tant l’analyse est fine et détaillée et ça vous rapporte quoi ? Des miettes de pain.

En revanche, prenez 5 minutes pour raconter que Valentino Rossi a fait pipi contre un arbre à Tavullia, n’attendez que deux heures et frottez-vous les mains.

L’équation est simple, pour survivre, vous devez publier en prenant soin de faire du buzz et ainsi Google sera votre super ami qui vous donnera juste de quoi survivre. Juste de quoi payé quelques mecs, comme moi, qui, en plus de leur boulot principal, demandent deux croûtes de pain pour pouvoir écrire sur un sujet qui les passionne.

Avant, pour un canard qui se voulait sérieux, la qualité comptait car l’impératif restait le même… respecter un certain nombre de pages.

Aujourd’hui, une page internet est extensible à souhait, les limites de place ont disparu et la qualité a fait place à la quantité érigée en vertu ultime par les propriétaires des sites. Attention, pas par choix mais pour une question de survie. Ça, c’est la première gifle au journalisme !

La seconde, vicieuse, sournoise elle est arrivée lorsque Google a dit à ces mêmes propriétaires : « vous voulez plus de clics ? Pensez au référencement ! ».

Le référencement sur internet c’est quoi ? Voilà ce qu’en dit wikipedia « le travail de référencement consiste à améliorer le positionnement et la visibilité de sites dans des pages de résultats de moteurs de recherche ou d’annuaires ».

Donc, en pratique, être bien référencé pour un site comme GP-Inside, c’est être tout en haut de la feuille de recherche lorsque par exemple, vous tapez Rossi dans votre moteur de recherche qui, pour 92,9% des utilisateurs mondiaux est… Google.

Alors pour être bien référencé, il y a plusieurs moyens…le référencement naturel, le référencement local, le référencement sur les annuaires (ne croyez pas que je suis savant, wikipedia vous l’expliquera mieux que moi. D’ailleurs cliquez ici, cela fera une de référencement naturel pour wikipedia) et… le référencement payant ! Et devinez qui est le leader mondial en matière de référencement payant… Google bien entendu !

Il vous suffit de payer et AdWords se chargera de tout, comme ça, et le tout en dépensant moins d’argent que via un webmaster, votre page se trouvera en haut de votre page de recherche lorsque vous taperez Rossi. De cette manière, vous aurez plus de visites sur votre site et donc plus de financeurs potentiels.

Voilà donc la seconde gifle de Google au journalisme ! Voilà comment Google a rendu incontournable la quantité au détriment de la qualité. Voilà comment Google arnaque doublement le journalisme. Voilà comment Google a pris en otage l’argent destiné à la presse tout lui demandant une rançon pour en récupérer une infime partie.  

Alors, pour en revenir à notre sujet principal et parce que je ne vais pas vous tenir la jambe plus longtemps, voilà pourquoi je vous ai dit que je pouvais essayer de comprendre (sans les excuser la moindre seconde) les sites ayant annoncé la mort de Nicky Hayden.

Car ce que vous devez savoir, c’est que jeudi, au lendemain de son accident, en nous limitant au seul communiqué de presse officiel de son écurie, nous avions déjà fait le double d’audience par rapport au jeudi précédant le Grand Prix d’Espagne à Jerez.

Un dernier chiffre et puis promis, j’arrête, voilà comment, en 2006, Google a pu racheter Youtube pour 1,65 milliard de dollars. Voilà comment, pendant que le géant américain brasse des milliards sur le dos de la presse et des petits journalistes, qu’ils soient professionnels ou amateurs, nos patrons suent des gouttes pour nous donner nos deux croûtes de pain.  

Lorsque vous lirez ces lignes, le malheur aura peut-être frappé Nicky Hayden et nous serons tous honnêtement dévastés par cette nouvelle mais tout à l’heure, le Kentucky kid n’était pas mort…le journalisme lui, en revanche, a été assassiné il y a bien longtemps !

Stay tuned !

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