de Radiguès : « Saarinen, Roberts, Spencer étaient des précurseurs, Marquez aussi! »



Didier de Radiguès a fait de sa passion pour la moto son métier, d’abord sur les pistes avec 14 podiums, 4 victoires et un titre de vice-champion du monde et ensuite, en devenant la voix du MotoGP à la télévision belge.

Grand défenseur de Marc Marquez face aux accusations de tricherie dont il a fait les frais la saison dernière, le Belge s’est régalé par le spectacle offert par l’espagnol et son pilotage.

Nous l’avons interviewé afin de partager avec lui ses impressions quant au désormais plus jeune vainqueur de Grand Prix, en catégorie reine, de l’histoire.

GPi : Didier, pour débuter, quel est ton sentiment général face aux débuts tonitruants de Marc Marquez en MotoGP?      

Avant de donner mon sentiment, j’aimerais ouvrir une parenthèse pour dire que je suis très content que Marquez ait confirmé sans attendre ses capacités devant le monde entier car l’an dernier, j’ai dû me battre contre certaines personnes qui mettaient en cause son talent quand il était encore en Moto2.

Il faut se souvenir qu’à l’époque, il dominait le Moto2 et beaucoup de monde le montrait du doigt en l’accusant de tricherie. Personnellement, j’étais en guerre contre ces gens en disant qu’il avait simplement du talent et quelque chose en plus que les autres.

Tant que ses adversaires ne l’admettront pas, ils ne progresseront pas. Tout ce qu’il faut faire, c’est le copier.

Sans son accident, il aurait déjà dû être champion du monde en 2011 et déjà à ce moment, on commençait vaguement à évoquer un avantage mais moins que la saison suivante où il a tellement dominé son sujet, que tout le monde l’a traité de tricheur. C’était navrant et je suis ravi que la Dorna n’ait pas marché dans ce jeu-là.

La Dorna fait très très bien son boulot, il y a des techniciens qui analysent, qui contrôlent, qui prennent toutes les données…il n’y a pas de tricheries.

Il faut se rendre à l’évidence, Marc Marquez a quelque chose en plus que les autres. De mes souvenirs, il y a eu un pilote qui a marqué par son pilotage le MotoGP, même si à l’époque ça s’appelait différemment, c’était Jarno Saarinen qui a été le premier à se déhancher. Ensuite il y a eu un deuxième qui a marqué ce sport, c’est Freddie Spencer qui faisait glisser les motos en se déhanchant, le genou par terre. Avant lui, il y a même eu Kenny Roberts. Et maintenant, il y a Marc Marquez, qui apporte encore un autre pilotage et tous les pilotes sont en train d’essayer de l’imiter et ils ont raison de le faire, ils doivent le copier et le plus vite possible pour tenter de s’approprier les avantages que son pilotage apporte.

Mais c’est lui, Marc Marquez, qui amène une nouvelle façon de piloter avec le genou par terre, le coude par terre et bientôt, le postérieur par terre (rires).

GPi : On lui avait prédit des chutes mais au final, il ne tombe pas tant que ça !

Non, il ne tombe quasiment pas. Sa chute pendant les libres, à Austin, n’est pas de sa faute. Il apprend que les Bridgestone, sont très difficiles à faire chauffer. Tu as beau partir avec un pneu chauffé en couverture chauffante, il n’a pas encore la bonne température partout, il n’a aucun grip, il faut lui donner du temps pour le faire monter en température.

Mais bon, ça, c’est le manque d’expérience et c’est ce qui va faire qu’il ne sera sans doute pas champion du monde cette saison. Il a encore beaucoup de choses à apprendre et il est peut-être encore un peu trop fougueux pour ces motos-là.

GPi : Mais pour le moment, ça passe…

Pour le moment ça passe mais avec ces motos qui sont très rigides, très rapides, qui passent très vite en virage et qui ont beaucoup de grip, lorsqu’elles décrochent et puis, qu’elles reprennent le grip, tu es éjecté à 10 mètres du sol et tu peux te faire très très mal.

Alors tant que ça passe, ça passe mais s’il devait chuter, ça pourrait éventuellement le refroidir. Et ce scénario, il se produit pour tout le monde et depuis toujours.

A l’époque, lorsqu’on passait de la 250 à la 500, c’était déjà comme ça. On allait très vite au début et puis, on s’en prenait une, deux ou trois belles et je peux te dire que dans ces cas-là, nous étions nettement refroidis. Il faut prendre la mesure de la machine et ça, que tu t’appelles Marquez, Rossi, Lorenzo ou Pedrosa, ça demande du temps.

C’est ça aussi qui fait qu’aujourd’hui, un Rossi est moins fougueux que les jeunes. Il sait ce qui l’attend et il en tient compte.

GPi : A l’antenne, sur la RTBF, on m’a rapporté que tu avais dit que Marquez avait tout. Qu’entends-tu par « il a tout » ?

Qu’il est complet. Il a cette fougue de par sa jeunesse, il a déjà un titre en 125 et en Moto2, il a déjà la pole, deux records du tour en course et il a pris sa première victoire à Austin. Il n’a donc aucune pression. De plus, pour sa première année, il n’a aucune obligation d’être Champion du Monde.

Et puis par son talent, il a dominé la 125, le Moto2 et c’est toujours par son talent qu’aujourd’hui il est déjà en passe de dominer le MotoGP.

Il a le pilotage, le style, l’intelligence de la course et 27 victoires toutes catégories confondues ! C’est donc un pilote qui a de l’expérience, qui a l’habitude de gagner des courses. Il est capable de se battre pendant tout un Grand Prix, de faire le dernier freinage victorieux, de prendre la pole en qualification et c’est lui qui a la meilleure technique de pilotage. Voilà, il a tout et je ne vois pas ce qui pourrait lui manquer.

GPi : Et en sachant attendre gentiment derrière Pedrosa, il a démontré avoir déjà une fameuse maturité !

Oui c’est ça, il a la maturité, l’intelligence de la course, qui soit dit en passant est la même que celle qu’il lui fallait en 125 ou en Moto2. Gérer une course, à ce niveau-là, c’est exactement la même chose que dans les catégories inférieures. Ce n’est pas parce que tu es face à Rossi que les choses sont différentes. Bien entendu, tu as plus de pression parce que tu te dis : « merde, je suis face à Rossi et j’ai, ou j’avais, son poster dans ma chambre », mais en course, tu fais abstraction de ça et Rossi ou un autre, c’est la même chose, c’est juste le mec à dépasser devant toi. Il a prouvé que personne ne l’impressionnait parce qu’il sait qu’il a les qualités, qu’il est bon, qu’il a l’entourage, la meilleure moto chez le constructeur numéro1 et un excellent manager, probablement le meilleur.

GPi : Et tu as aussi dit qu’il était plus fort que Stoner à ses débuts.

Oui, Stoner a eu beaucoup plus de mal à ses débuts. Il marchait bien en 125, il est passé en 250 où ça ne marchait pas trop, il est alors revenu en 125 avant de remonter de catégorie et puis il est passé en MotoGP et là seulement, ça a très bien marché et alors, on a commencé à connaître le grand Casey.

Mais jusque-là, c’était compliqué et lorsque Ducati l’a engagé, il faut se souvenir qu’ils l’ont pris parce qu’ils se sont fait avoir par un autre pilote, dont je ne me souviens plus du nom. Faute de grive, on a pris le merle et bien leur en a pris puisque ça a donné ce qu’on sait.

Mais avant ça, il n’a jamais dominé quoi que ce soit comme catégorie alors que Marquez, a 20 ans, il a déjà deux titres en poche ».

Nous retrouverons Marc Marquez à 14h05 pour sa seconde session d’essais libres du Grand Prix d’Espagne, à Jerez.

Continuera-t-il sur sa lancée d’Austin ? Pourra-t-il inquiéter Pedrosa, Stoner, Rossi et Crutchlow ? Difficile à dire pour le moment, mais qu’importe, Marquez a déjà suffisamment démontré à ses adversaires, qu’ils devraient se méfier de lui en permanence. Belle performance pour un pilote qui n’en est qu’à son troisième Grand Prix en catégorie reine !

Stay tuned !

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