Wayne Gardner : « le retour de Rossi chez yamaha, c'est fantastique pour le sport »



Wayne Gardner, le Champion du Monde 1987, est ce qu’on peut appeler un grand spécialiste de la moto comme le sont la plupart des anciens pilotes.

A la différence de certains de ses illustres anciens collègues, l’Australien continue d’arpenter les circuits. Certes, pas pour y rouler lui-même mais bien pour suivre ses fils Rémy et Luca.

En effet, il ont tous les deux attrapé le virus du père et cette saison, Rémy dispute le CEV en moto3, tandis que Luca, le plus jeune, est engagé en CMV (Campeonato Mediterráneo de Velocidad).

Nous l’avons rencontré afin d’évoquer quelques sujets de l’actualité du MotoGP et de ce début de saison qui nous a enflammé et enthousiasmé depuis la première course, au Qatar, mais également pour évoquer le cas de Rémy, dernier engagé de la structure Laglisse en CEV.

GPi : Avec Rémy, votre fils, vous avez signé un contrat pour le team Laglisse et il va donc disputer le CEV dans une équipe qui jouit d’une bonne réputation et sur une moto compétitive. C’est une fameuse opportunité.

Oui c’est vraiment une énorme opportunité parce que la saison dernière, nous avons connu une saison extrêmement difficile aussi bien avec le team qu’avec la moto. Arriver dans un team comme Laglisse, c’est une première étape importante et maintenant, le reste est entre les mains de Rémy. Je crois sincèrement qu’il a le potentiel pour disputer une bonne saison.

Lors de la première épreuve, au Catalunya, les conditions étaient exécrables avec beaucoup beaucoup de pluie et il n’a pas pris un excellent départ dans cette nouvelle saison mais il avait peu de roulage sur cette moto.

GPi : Des tests sont au programme ?

Oui parce qu’il a besoin de roulage sur le sec pour découvrir un peu mieux cette KTM. Nous n’avons pas pu tester assez de choses avec la moto avant la première course et du coup, nous étions un peu perdus. La première course a surtout servi à découvrir la moto et à tenter de trouver un set-up qui convenait à Rémy. Ce week-end, la seconde course se déroulera en Aragon et ça devrait être bien meilleur.

GPi : Quel est l’objectif de la saison ?

Je pense que les résultats vont arriver mais là, actuellement, il est toujours dans une phase d’apprentissage. Il dispose d’une bonne moto, d’un bon team et je pense que pour le milieu de l’année, il sera dans le top 5 ou 6. L’objectif à l’heure actuelle est de se familiariser avec la moto, le team, de réaliser de bons essais et de progresser pas à pas.

GPi : Que pense Wayne Gardner du nouveau phénomène, Marc Marquez ?

Il est juste incroyable. Il était déjà impressionnant en 125 et en Moto2 mais arriver en MotoGP et gagner sa seconde course, c’est juste incroyable ! Il faut un énorme talent.

Son potentiel est immense mais attention, l’année est longue et il a encore beaucoup de choses à apprendre! Mais c’est évidemment un pilote plus qu’enthousiasmant et il va encore monter en puissance.

GPi : Et que pensez-vous de son dépassement à Jerez ?

Tu parles de son dépassement dans le virage « Jorge Lorenzo » (rires) ? C’est en tout cas totalement ironique (rires de nouveau). Plus sérieusement, c’était une belle bagarre entre les deux pilotes mais personnellement j’ai été étonné que Jorge laisse une telle porte ouverte à Marquez. Il a clairement fait une erreur car il devait protéger le virage. Marquez est jeune et il a de l’ambition alors il a vu une ouverture et il s’y est engouffré mais un peu vite. Lorenzo ne s’attendait pas à le voir là et il s’attendait encore moins à le recevoir dans son carénage. C’est un fait de course où Lorenzo a commis une erreur en ne protégeant pas sa position et où Marquez est arrivé trop vite et a commis une erreur en voulant passer. « It’s racing » !      

GPi : Et que pensez-vous du retour de Valentino Rossi sur la Yamaha ?

Je pense que c’est fantastique pour le sport. Il est apparu que Ducati n’était pas en mesure de lui fournir une moto qui lui convenait.

Il est en fin de carrière et revenir sur une moto compétitive était la meilleure chose à faire. Sa popularité est immense dans le monde et il est le pilote le plus célèbre en activité. Je pense que son retour chez Yamaha est quelque chose de naturel et qu’il peut prendre encore quelques victoires et pourquoi pas, gagner un dixième championnat.

GPi : Qui est votre favori pour le championnat ?

Mon favori est une fois encore Lorenzo. Il est très impressionnant et très à l’aise, même si au Mans, il a rencontré quelques difficultés.

La Yamaha n’est pas la moto la plus rapide mais elle est assez constante. Un championnat se gagne également en étant régulier et en terminant les courses, pas seulement en les remportant. A ce jeu-là, Lorenzo est très fort.

Sur certains circuits, les Yamaha gagneront et sur d’autres, ce seront les Honda mais je pense que la régularité de Jorge sera déterminante.

A ce sujet, j’ai trouvé la course d’Austin assez éclairante car c’était un nouveau circuit et il a montré savoir faire le gros dos dans l’adversité. Et puis, en Europe, les pistes qui arrivent devraient mieux convenir à la Yamaha.      

GPi : Que pensez-vous du tournant qu’a pris le MotoGP avec l’introduction des CRT et demain, des moteurs Yamaha et des Honda ‘low-cost’. Le MotoGP traverse des heures compliquées.

C’est une question difficile et il faut comprendre Carmelo Ezpeleta. Il faut plus de motos sur la grille et il faut également plus de motos d’usine. Mais le prix de ces motos est complètement dingue et plus personne ne peut se les offrir ou trouver un sponsor assez gros que pour pouvoir les aligner. Introduire les CRT était une décision de compromis pour remplir la grille et limiter les coûts mais malheureusement, elles ne peuvent pas se battre contre les machines d’usine. Mais ce sera toujours le même problème, les usines restent les usines et quoi qu’il arrive, elles seront toujours devant. Si l’étape CRT permet de réellement contenir les coûts, alors c’est une bonne chose.

GPi : Que pensez-vous du retour de Kevin Schwantz aux 8h de Suzuka ?

Je pense qu’il est très courageux (rires) ! Il y a longtemps, Honda m’avait demandé la même chose mais je n’avais pas accepté parce que c’est un exercice vraiment très très difficile, dans des conditions vraiment très compliquées. Mais Kevin est bien entraîné, il est en forme et je pense qu’il peut réaliser de belles choses. Il a deux pilotes rapides avec lui et il n’est que le troisième donc il ne devra peut-être pas faire grand-chose.

GPi : Et que pensez-vous du clash avec Puig ?

(Rires) Bon, les deux ont leur propre opinion et tout le monde s’est fait la sienne. Pedrosa est un excellent pilote et fait de son mieux. Si Kevin estime qu’il pourrait faire encore mieux sans Puig, c’est son avis et il a le droit de le dire.

Finalement, c’est sur la piste que Dani a répondu et de la meilleure manière possible, c’est-à-dire en gagnant les deux courses suivantes. Je pense que ce genre d’histoire, ça doit drôlement le motiver et ses deux victoires, il les a amplement méritées. Au final, c’est peut-être positif pour lui.

GPi : Pour finir, Stirling Moss a dit que les femmes n’avaient pas les aptitudes pour briller en Formule1, pensez-vous qu’on peut tirer le même constat en MotoGP ?

Nous n’avons jamais vu une femme devenir championne du monde dans quelle que classe que ce soit en Grand Prix.

Physiquement, c’est plus compliqué de piloter une moto qu’une voiture de course. De plus, il faut avoir un mental très très fort et jusqu’à présent, je n’ai pas encore vu une femme débarquer et changer cet état de fait.

Personnellement, je trouve que c’est quelque chose qui manque et j’espère que nous verrons beaucoup de filles arriver en MotoGP.

En Espagne, il y a Maria Herrera et Ana Carrasco qui sont plutôt douées mais au final il leur manque toute de même le dernier petit truc qui fait la différence. Mais je ne désespère pas qu’un jour, une fille arrivera à être devant car ce serait bon pour le sport ».

Stay tuned !

Rejoignez-nous sur Facebook

Partager cet articleShare on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *