Randy de Puniet et Suzuki, l'amour du risque



Il avait déjà préparé le terrain en s’adressant à nous dimanche après le GP de Valence (voir ici), Randy De Puniet est allé au bout de son raisonnement : il ne roulera pas en Grand Prix l’an prochain. Faute de projet suffisamment motivant, il a choisi de ne pas poursuivre davantage les discussions avec l’équipe de Paul Bird. Le français ne parle pas de retraite, car il est bien décidé à revenir en 2015.

Dans la carrière d’un pilote de Grand Prix, le risque, est un compagnon habituel avec lequel chacun des concurrents apprend à vivre. Il monte avec eux sur leur machine et les jette à terre à la moindre occasion. Randy de Puniet le connaît bien, ce partenaire. Il n’y a qu’à voir les multiples cicatrices qui parsèment son corps pour en prendre conscience. Mais depuis quelques semaines, c’est une autre forme de risque que le tricolore envisageait. Celui de dire « non ». C’est ce qu’il a fait il y a quelques heures, en ne poussant pas plus loin une éventuelle collaboration avec l’équipe de Paul Bird, qui aurait pu lui permettre de rester en GP, au guidon d’une Aprilia.

L’issue était en partie prévisible car pour être honnête, le parisien n’a pas été le concurrent CRT le plus visible cette année. A Valence, il ne restait qu’une possibilité, chez PBM. Un projet avec un potentiel intéressant car la firme de Noale avait formulé de grandes intentions pour le MotoGP. Randy allait pouvoir essayer la monture que son ex-coéquipier, Aleix Espargaro, a exploitée cette année, avant de prendre les commandes du modèle 2014 que ce même Espargaro a étrenné lors du dernier GP. Or ces derniers jours, les relations entre l’équipe britannique et Aprilia ont pris une tournure inquiétante. 

A Valence, pas besoin d’être dans le secret des dieux pour voir que tous les éléments n’étaient pas réunis pour séduire un pilote qui pouvait encore l’être. A condition de le vouloir, ou de le pouvoir. Or l’équipe de Paul Bird manquait de pièces. La faute d’Aprilia ? La faute de PBM ? La faute de l’équipe Aspar qui n’a pas fait d’excès de zèle pour transmettre les pièces à une équipe rivale ? Aujourd’hui, bien difficile de le savoir. Ce qui est certain, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour donner à l’équipe qui l’accueillait,  et à Randy, l’envie de s’engager ensemble dans ce pari. Pour lui, « C’est dommage pour tout le monde parce qu’il y avait la possibilité de prendre du plaisir me concernant et pour Aprilia de voir exactement quel est le potentiel de cette moto sur 2 jours de test avec de très bonnes conditions météo ».

Pour avoir une chance de fonctionner, l’association entre le pilote français et le constructeur italien nécessitait un certain delais pour se mettre en place. Or, son manager, Eric Mahé précise ‘’L’option Aprilia est apparue à Motegi. En si peu de temps il est difficile d’avoir des certitudes’’. Du coup, il a dit « non ». L’an prochain, pas de programme complet en Grand Prix pour Randy de Puniet. Une première depuis 1999. Le français préfère se concentrer sur son rôle de pilote d’essai pour le compte de Suzuki, et ne fera « que » du développement pour la firme japonaise. Randy tempère : « Quand j’entends parler d’année sabbatique, c’est pas du tout comme ça que je vois les choses, au contraire, ça va être une très grosse année de travail. Ce n’est absolument pas la fin de ma carrière, c’est une parenthèse au maximum, avec pour objectif de revenir en 2015 avec du matériel compétitif. Il va y avoir un grand nombre de tests en même temps que les équipes officielles, à la fois à Sépang en début d’année, et après certains Grand Prix. Je pense aussi qu’il y aura des wild-card, en tout cas je l’espère. Mon but c’est clairement de revenir en GP en 2015 »

C’est là que se situe la prise de risque. Actuellement, De Puniet n’a aucune garantie que Suzuki reviendra pour de bon en 2015. Pas plus que de faire partie du voyage. Le marché des pilotes s’annonce chaud fin 2014. Les pilotes officiels vont devoir négocier de nouveau leurs engagements et certains d’entre eux, Pedrosa par exemple, auront peut être l’envie – ou l’obligation – de trouver de nouvelles couleurs.  Randy, lui, sent bien le coup : » Chez Suzuki, ce sont aussi des êtres humains, j’ai une très bonne relation avec eux. Ca fait d’ailleurs longtemps que je n’avais pas eu un feeling pareil avec une équipe technique et aussi avec les dirigeants, alors que c’est quand même une usine. Il y a beaucoup de respect entre nous ». Eric Mahé, va dans le même sens : « La remontée d’informations que Randy offre après chaque roulage est très appréciée chez Suzuki, et les relations se sont encore renforcées tout au long de l’année ».

On peut crier à la naïveté, car le paddock n’est pas peuplé d’enfants de cœur. Mais quand on y a passé les 15 dernières saisons, on est bien placé pour le savoir. Cette prise de risque souligne le calvaire qu’a du traverser le pensionnaire de l’équipe Aspar. « Revivre une saison comme celle que je viens de passer, c’était hors de question » a-t-il répété à plusieurs reprises lors de notre conversation. Au point de préférer ne plus rouler ? Apparemment oui. Dans le même temps, faire l’impasse sur un guidon permanent pour 2014, c’est aussi une façon pour Randy de Puniet d’envoyer un message à son, désormais, unique employeur…

En attendant, l’hiver ne sera pas différent des autres pour Randy. Un peu de repos, puis reprise de l’entrainement en vue des tests IRTA à Sepang en Malaisie au mois de février. C’est seulement après cela que la trajectoire du français et celle des concurrents de la MotoGP se sépareront réellement. Pour combien de temps ?

Photo : Lionel Nolette

Stay tuned !

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