Lowes, héros de Portimao



Les héros gagnent souvent à la fin des films. Sam Lowes n’a pas remporté le Grand Prix du Portugal, mais il y a bien de l’héroïsme sportif dans ce qu’il y a accompli. Et une véritable leçon de courage.

Tout souriait à Sam Lowes depuis son passage dans l’équipe EG 0,0 Marc VDS, en 2020. Qu’elle semblait loin, cette saison 2019 où il n’avait terminé que 16e du championnat avec 66 points, aucun podium, 11 résultats blancs sur 19 et la palme du plus grand nombre de chutes (20) en Moto2.

Métamorphosé, le Britannique avait mis quelques semaines à trouver sa voie dans la structure belge cette année. La course de Brno, début août, consacrait son premier podium depuis Aragon 2016. Celle de Misano, mi-septembre, sa première pole depuis Aragon 2016, là-encore. Celle du Mans, début octobre, sa première victoire depuis, à nouveau, Aragon 2016.

Tous les compteurs avaient été remis à zéro pour Sam Lowes, parti pour ne plus être rattrapé : 3e à Misano 2, 2e à Barcelone, 1er au Mans, 1er à Aragon 1, 1er à Aragon 2. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Il avait même pris les commandes du championnat, bravant les déboires qui lui avaient coûté cher en points quelques semaines plus tôt (forfait à Losail, drapeau noir à Spielberg 2, départ depuis la pit-lane à Misano 1).

L’heure de gloire du pilote de Lincoln semblait arriver. Mais la double-épreuve organisée au circuit Ricardo Tormo a mis fin à son ascension.

Il y a d’abord eu cette chute lors de la course de Valence 1, à 11 tours de l’arrivée, alors qu’il était 2e à une demi-seconde du leader, Marco Bezzecchi. Mais il y a surtout eu celle des essais libres de Valence 2, quand un guidonnage lui fait perdre le contrôle de sa Kalex dans le virage 9. Touché au bras, il se relève sans fracture mais avec le poignet droit bien amoché. Sa qualification en Q2 était déjà assurée. Il termine dernier de la session qualificative (18e) et arrache, en course, les douloureux points de la 14e place.

Repoussé à 14 points du leader, Enea Bastianini, Sam Lowes abordait la finale de Portimao en bien mauvais état. À chaque séance, les caméras l’ont montré se tenant le bras dans ses tours de décélération, se prenant la tête dans les mains quand il rentrait au box. Mais pas question d’abandonner. Ni même de s’économiser, car on l’a vu sortir en piste à des moments où il aurait pu se reposer. Le chrono de sa FP2 lui aurait suffi à passer en Q2, mais il a quand même tenu à boucler 15 tours en FP3.

Qualifié 5e le samedi, Sam Lowes souffrait tellement de sa main droite qu’il n’était pas sûr de pouvoir prendre part à la course dimanche matin, après le warm-up. Il s’est finalement présenté sur la grille de départ à 12h20. Et ses adversaires n’ont pas été déçus du voyage.

Parvenu à maintenir sa 5e place dans les premiers virages, le Britannique n’a pas eu le coup de moins bien auquel tout le monde s’attendait. Mieux : il s’est progressivement frayé un chemin vers le podium, livrant une course combative qui l’a mis en position de jouer la victoire. De quoi donner des sueurs froides au clan d’Enea Bastianini, moins bien classé : à un moment, Sam Lowes était tout proche de passer en tête de la course devant Luca Marini, donc d’être virtuellement sacré champion du monde.

Les derniers kilomètres se sont avérés plus difficiles, et il a finalement terminé 3e. C’est aussi sa place au championnat. Mais la déception d’avoir perdu ce titre est consolée par la performance qui a été réalisée. « C’est facile d’être heureux quand on gagne, mais aujourd’hui (dimanche, NDLR) je le suis peut-être encore plus sans l’avoir fait. J’ai sans doute réalisé la plus belle course de ma carrière, ou en tout cas l’une des plus belles. »

« La pression était terrible et je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre en prenant le départ, raconte-t-il. Ce matin je n’étais pas bien sur la moto, je n’arrivais à piloter correctement… Au warm-up, tout était compliqué avec ma main pour parvenir à enchaîner quelques tours d’affilée. Une fois de plus je dois remercier l’équipe pour son travail et son soutien tout au long de l’année. J’ai donné le maximum jusqu’à la fin et c’était pour moi la meilleure façon de les remercier. Je crois que c’est le plus important, ne jamais renoncer. C’est ce que nous avons fait cette saison et j’en suis fier. »

Les félicitations n’ont pas manqué d’arriver, tout au long du week-end et plus particulièrement après la course. « Quel effort de Sam. Bravo Enea, mais chapeau monsieur Lowes ! », a tweeté Aleix Espargaro à l’arrivée, alors que Cal Crutchlow allait prendre son compatriote dans ses bras. « Il n’y a pas de mots pour dire combien je suis fier de Sam Lowes, de loin le pilote de la saison », l’a congratulé Leon Haslam.

Mais la palme revient au frère de Sam, Alex Lowes, présent pour le soutenir au Portugal : « Honnêtement, pas de mots pour décrire ce que vient de faire Sam ! En larmes après le warm-up, disant qu’il ne pouvait pas rouler ! Je lui ai dit de tout donner sans rien laisser, pour pouvoir s’en boire une bien fraîche ce soir ! Il a fait bien plus que ça ! Je t’aime ! Inspirant. »

Sam Lowes termine ce championnat du monde Moto2 2020 avec la médaille de bronze aux points, mais la médaille d’or pour ce qui est du courage.

Championnat Moto2 2020 : 1. Bastianini 205 pts, 2. Marini 196 pts (-9), 3. Lowes 196 (-9), 4. Bezzecchi 184 (-21), 5. Martin 160 (-45), 6. Gardner 135 (-70), 7. Roberts 94 (-111), 7. Nagashima 91 (-114), 9. Schrötter 81 (-124), 10. Vierge 79 (-126)…

Sam Lowes : « Pilote, c’est 70 % la vitesse et l’équipe, 30 % la tête »

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